Chapitre 39 : Bête féroce

 

 

 

Un feu de bois brûlait dans le hall, réchauffant la pièce. Chen Yang était agenouillé depuis presque une heure. Xiao Chiye était assis sur le siège principal, lisant un livre de stratégie militaire, tandis que les généraux de l’Armée Impériale restaient agenouillés de l’autre côté du paravent. Le silence régnait.

Comme le dit le dicton, « Si un général n’est pas encore respecté, il doit imposer le respect par une démonstration de force[1]. » Cinq ans plus tôt, lorsque Xiao Chiye avait pris les commandes de l’Armée Impériale, il avait fait étalage d’une grande force et d’une grande puissance. Il devait avoir une autorité absolue sur ces hommes, et cela nécessitait leur respect. Au cours des cinq dernières années, il avait distribué récompenses et châtiments avec justesse, ne lésinant jamais sur les salaires ou les équipements. Il était allé jusqu’à dépenser ses propres deniers pour palier au déficit. Il se montrait généreux envers ses subordonnés, alors que la cape sur son dos était celle-là même que lui avait envoyée sa belle-sœur trois ans plus tôt. L’incident de la Chasse Automnale avait permis à l’Armée Impériale de garder la tête haute. Leur nom était encensé, désormais ; leur prestige faisait de l’ombre aux Huit Grands Bataillons et, pour l’instant, ils avaient le monde à leurs pieds. Ces mêmes soldats persécutés, autrefois obligés de courber l’échine face aux Huit Grands Bataillons, avaient à présent le courage de les mener à la baguette. Ce n’était pas une bénédiction, mais une malédiction. Une tête enflée par la réussite pouvait conduire à la déroute. Xiao Chiye avait besoin d’une opportunité pour remettre un peu de plomb dans la cervelle de l’Armée Impériale, et Tantai Hu lui en avait donné une.

Chen Yang n’osait pas lever la tête. Lorsque Xiao Chiye frappa sur la table, il se leva immédiatement pour le resservir. Une fois sa tasse de thé remplie, il retourna s’agenouiller. Xiao Chiye n’avait pas prononcé un seul mot de la soirée, aussi Chen Yang resta-t-il agenouillé jusqu’à l’aube.

Bien souvent, les mots qu’on ne disait pas humiliaient bien plus que s’ils avaient été énoncés à voix haute.

 

***

 

Le lendemain, Xiao Chiye devait assister à l’audience du matin. Après s’être habillé, il dit à Chen Yang :

- Vous n’avez pas besoin de me suivre, aujourd’hui. Faites une pause.

Les jambes de Chen Yang étaient engourdies. Les paumes posées à plat sur le sol, il s’inclina et l’appela d’une voix rauque :

- Maître…

Il s’était toujours adressé à Xiao Chiye en l’appelant « Votre Excellence ». Cette supplique venait du cœur. Xiao Chiye se figea, mais ne regarda pas en arrière. Chen Yang s’inclina de nouveau.

- J’implore mon Maître de m’infliger le châtiment qu’il jugera convenable.

Xiao Chiye leva une main et congédia ses domestiques. Ce n’est qu’une fois la pièce déserte qu’il se tourna pour regarder Chen Yang.

- Si un homme n’a rien fait de mal, pourquoi faut-il le punir ?

La sueur sur le front de Chen Yang s’écoula dans ses yeux.

- J’ai eu tort.

Il y eut un long silence. Enfin, Xiao Chiye dit :

- Zhao Hui a suivi mon grand frère pour combattre à la frontière pendant des années ; il a gravi les échelons. D’ici cinq ans, il se verra peut-être octroyer un titre et sa propre résidence. Vous êtes tous deux des hommes biens choisis par mon père en personne. Comment se fait-il que Zhao Hui jouisse d’un tel honneur alors que vous, Chen Yang, êtes obligé de suivre un vaurien qui moisit en captivité ?

Les lèvres de Chen Yang étaient pâles.

- Comment pourrais-je penser une chose pareille ? L’héritier a ses qualités, c’est certain, mais mon Maître porte le ciel au-dessus de ma tête ! Zhao Hui et moi sommes deux frères du même clan. Nos gloires et nos échecs sont les mêmes.

- J’espère que vous le comprenez sincèrement, dit Xiao Chiye. Les frères qui se battent entre eux et les familles qui s’affrontent à coups d’épée ne valent rien – tout le monde s’entretue avant que qui que ce soit n’ait eu besoin de lever le petit doigt. En restant à Qudu avec moi, vous avez laissé toutes nos affaires familiales aux bons soins de Zhao Hui. Lorsque sa petite sœur a épousé le Directeur Adjoint du Ministère des Rites à Qudu, vous avez joué le rôle de sa famille afin qu’elle ne se retrouve pas abandonnée dans une maison inconnue et ait un grand frère à ses côtés durant la Fête du Printemps[2] et les autres célébrations. Si vous voulez accomplir de grandes choses, vous devez faire preuve de volonté d’esprit, mais pas aux dépens des principes moraux. Ce sont l’ardeur vertueuse et un esprit héroïque qui feront de vous un homme bien.

« Pourquoi craignez-vous que l’on vous compare à lui ? Zhao Hui n’aurait pas fait ce que vous avez fait hier, parce qu’il aurait pris en compte la réputation de Dage. Vous êtes désormais le chef des gardes-du-corps de l’Armée Impériale et, pourtant, vous usez de sales tours comme le fait d’employer un bouc-émissaire pour unir vos hommes. Pour une once de gratification, vous restez planté là à regarder la dignité de votre maître se faire piétiner. Tantai Hu est originaire de Zhongbo. Vous le saviez ; hier, vous l’avez assigné à ce service afin qu’il puisse évacuer sa colère. Que s’est-il passé, Chen Yang ? Êtes-vous tombé si bas en me servant – au point que vous avez recours à ce genre de petit manège pour mettre les autres dans votre poche ? Vous avez vendu le nom de votre maître pour un instant de satisfaction.

Submergé par le remord et la honte, Chen Yang baissa la tête.

- J’ai laissé tomber mon Maître…

- C’est vous-même que vous avez laissé tomber, dit froidement Xiao Chiye. Reprenez vos esprits avant de reprendre du service. Gu Jin me suivra pendant quelques jours.

Hébété, Chen Yang demeura agenouillé. Il leva la tête juste à temps pour voir Xiao Chiye soulever le rideau et sortir.

 

***

 

Shen Zechuan avait enfin pu profiter d’une bonne nuit de sommeil. Il attendait à présent à côté de sa voiture, soufflant de l’air chaud sur ses mains tandis qu’il regardait le faucon gerfaut tournoyer dans le ciel neigeux. Lorsque Xiao Chiye émergea, il monta directement dans la voiture. Gu Jin se saisit de la cravache et regarda Shen Zechuan. Shen Zechuan ne lui rendit pas son regard. Le rideau était partiellement ouvert, et il pouvait voir Xiao Chiye l’observer d’un air éloquent. Shen Zechuan put sentir des yeux rivés sur son dos tandis que l’Armée Impériale, qui avait gelé toute la nuit dans la cour en guise de pénitence, levait la tête à l’unisson pour le dévisager. Il sourit à Xiao Chiye, puis monta dans la voiture.

La voiture se mit à vaciller tandis que Gu Jin mettait les chevaux au pas. Xiao Chiye tendit un chauffe-main à Shen Zechuan. Lorsque ce dernier l’accepta, Xiao Chiye pressa le dos de sa main contre celle de Shen Zechuan.

- Si froide, dit-il.

Shen Zechuan leva un doigt pour repousser la main de Xiao Chiye, puis s’adossa contre la paroi de la voiture et tint le chauffe-main contre lui.

- Tu n’as pas l’air très content, dit Xiao Chiye.

- Je suis content.

Il regarda Xiao Chiye et poursuivit avec un sourire :

- Je suis ravi qu’Er-gongzi ait pris ma défense et m’ait sorti de cette mauvaise passe.

- Er-gongzi n’a pris la défense de personne, dit Xiao Chiye.

- Peut-être bien, répondit Shen Zechuan. Maintenant que tu leur as enseigné le respect, il est temps pour toi de regagner leur amitié. Quand les faveurs seront-elles distribuées ? Je ne vais pas rester ton garde-du-corps très longtemps. Tu devrais te dépêcher, si tu veux te servir de moi.

Xiao Chiye l’observa en silence. Shen Zechuan releva légèrement le menton, dans une posture détendue soigneusement étudiée, et poussa un soupir. Après une pause, il dit :

- Lorsqu’il s’agit de gouverner autrui, je ne t’arrive pas à la cheville. Shen Lanzhou est une cible facile. Placez-le à vos côtés, et vous pourrez défendre votre autorité, intimider le tigre, et peut-être même réchauffer votre lit. Il est difficile de trouver une situation où l’on peut faire d’une pierre trois coups. Vraiment impressionnant, Xiao Er.

Dans la rue, des voix retentirent autour de la voiture ; à l’intérieur, la tension s’alourdit tandis que le silence s’étirait. Ils n’étaient qu’à quelques centimètres l’un de l’autre et, pourtant, ils semblaient séparés par un fossé naturel. Lorsque la voiture arriva à destination, Gu Jin fit preuve de tact et ne les interrompit pas. Shen Zechuan reposa le chauffe-main sur la petite table.

- C’est vraiment dommage, cependant.

- Qu’est-ce qui est dommage ? demanda Xiao Chiye.

- Tout le monde pense que tu passes tes nuits à t’adonner aux plaisirs de la chair.

Shen Zechuan passa sa langue sur le bord tranchant de ses dents et dit d’un ton placide :

- Qui aurait pu penser que Xiao Er serait un homme d’honneur, diligent et consciencieux ? Tu n’as même pas effleuré mes lèvres, sans parler de me baiser.

Il fit mit de soulever le rideau pour sortir de la voiture, mais Xiao Chiye l’attrapa promptement par la ceinture.

- Je vois, dit Xiao Chiye avec un sourire mauvais. Si tu es si pressé de croiser le fer dans la chambre à coucher, je peux exaucer ton vœu.

- Je ne veux pas d’un homme au regard si féroce, répondit Shen Zechuan.

Le rideau oscilla lorsqu’il descendit de la voiture, abandonnant les doigts de Xiao Chiye. Ils tressaillirent, frustrés.

 

***

 

Après le renvoi de Tantai Hu, l’Armée Impériale se mit sérieusement au travail. Les soldats rangèrent leur queue entre leurs jambes et s’assagirent, retrouvant la discipline qu’ils avaient avant la Chasse Automnale. Chen Yang devint encore plus prudent et ne ferma plus les yeux lorsque d’autres semaient le trouble.

Plusieurs années auparavant, à Libei, Chen Yang s’était blessé le pied, et la plaie le tourmentait encore. Lorsqu’une intense vague de froid s’abattit sur Qudu, quelques jours plus tard, son pied le fit souffrir chaque fois qu’il était de service. Un soir, Xiao Chiye lança plusieurs fioles d’huile médicinale à Chen Yang après le dîner. Lorsque Chen Yang les ouvrit, cette nuit-là, il découvrit un onguent incroyablement rare que Xiao Jiming avait reçu de la part de Maître Yideng quelques années plus tôt. Il ne put s’empêcher de s’auto-flageller à nouveau et se jeta corps et âme dans son travail avec une assiduité redoublée.

Tantai Hu, pour sa part, rentra chez lui et se trouva bien vite en grande difficulté. Bien que tous les membres de sa famille soient décédés, il avait adopté trois enfants de Zhongbo, qui vivaient tous de son salaire. Il était célibataire et n’avait pas de femme pour gérer les affaires domestiques ; chaque mois, il dépensait sa paie jusqu’à la dernière pièce. A présent, leurs réserves de céréales étaient vides, et le nouvel an approchait à grands pas. Tantai Hu était un vétéran de Dengzhou et avait de nombreux amis, à Qudu. Toutes ces années, c’est lui qui avait pris soin des autres. Son tour venu, il ne pouvait se résoudre à demander de l’aide – cependant, se serrer la ceinture pour nourrir les enfants n’était pas vraiment une solution à long terme. Tantai Hu commençait à envisager de devenir collecteur de dettes au service de prêteurs sur gage lorsque Chen Yang se présenta sur le pas de sa porte.

- Le Nouvel An approche, dit Chen Yang en posant une bourse remplie d’argent. Le commandant suprême se souvient que vous avez trois enfants à la maison.

S’asseyant sur son fauteuil, Tantai Hu détourna le visage.

- Puisque je ne fais plus partie des effectifs de l’Armée Impériale, je n’ai aucune raison d’accepter l’argent de l’Armée Impériale.

- Le mot « tigre » compose votre nom, mais ça ne veut pas dire que vous devez vous comporter comme une brute, dit sévèrement Chen Yang. Pourquoi en voulez-vous encore à Son Excellence ? Vous vous en êtes pris à Shen Zechuan devant tout le monde, ce jour-là ; où est votre respect pour le commandant suprême ? Le manque de discipline est un puissant tabou, au sein de l’armée. Vous avez été vice-commandant pendant toutes ces années ; ne me dites pas que vous ne le comprenez pas.

- Qu’étais-je censé faire ? demanda Tantai Hu. Chaque fois que je vois ce Shen, je pense à mes parents !

Chen Yang soupira.

- Malgré tout, vous n’auriez pas dû l’humilier – par extension, c’était une insulte envers le commandant suprême. Vous l’avez suivi pendant des années ; ne connaissez-vous pas son tempérament ? Pourtant, il a tout de même fallu que vous ouvriez votre bouche.

Tantai Hu passa une main dans ses cheveux.

- C’est aussi ma faute, dit Chen Yang. Je savais que vous étiez irréfléchi, mais je ne vous ai pas arrêté. Admettez vos erreurs lorsque vous en commettez, et acceptez les châtiments que vous recevez. Un vrai homme sait quand résister et quand se soumettre. Faut-il vraiment que vous sciiez la branche sur laquelle vous êtes assis juste pour prouver que vous êtes un héros ?

- Que puis-je faire ? J’ai déjà rendu mon insigne ! s’exclama Tantai Hu, se sentant à nouveau contrarié. J’ai suivi Son Excellence pendant cinq ans. J’ai risqué ma vie durant la Chasse Automnale. Après tout ce temps, il n’a pas été facile pour l’Armée Impériale de se faire un nom – c’est pourquoi je suis ulcéré de voir ce renard sournois se promener librement dans nos bureaux ! Son apparence… Je crains qu’il n’induise Son Excellence en erreur ! J’ai entendu Ding Tao dire que ce n’était pas sa faute. Bien sûr, qui ne le sait pas ? Mais pourriez-vous le supporter, si vous étiez à ma place ? Ce n’est pas un chien errant qui est mort sur le bas-côté – ce sont mes parents et ma fratrie !

Chen Yang demeura silencieux. Tantai Hu tapa du pied avec chagrin et s’essuya maladroitement les yeux. Cette simple pensée lui faisait encore monter les larmes aux yeux. La poitrine secouée par les sanglots, il dit :

- N’importe qui serait scandalisé de voir l’homme qu’il méprise agité sous son nez, sans parler de l’homme avec qui il a une dette de sang. L’année où les troupes de Zhongbo ont été vaincues… ceux d’entre nous qui ont survécu ont vu leurs familles brisées et leurs maisons détruites, alors que nous ne nous en étions sortis que de justesse ! Chen Yang, qui prendra pitié de nous ? Regarde les trois enfants qui vivent chez moi. Ils sont devenus orphelins avant même de savoir marcher, creusant la boue sous les sabots de Biansha pour survivre. Nos vies ne valent rien.

Chen Yang tapota son épaule et attendit qu’il reprenne son souffle.

- Mais, maintenant que vous avez rejoint l’Armée Impériale, les paroles de notre commandant suprême font loi. Hu-zi, il y a cinq ans, lorsque Son Excellence a fait le ménage au sein de l’Armée Impériale, il a voulu accueillir des soldats comme vous, qui n’étaient pas originaires de Qudu, mais le Ministère de la Guerre n’était pas d’accord. Vous souvenez-vous de ce que Son Excellence a dit, à l’époque ?

Les épaules de Tantai Hu tremblèrent. Chen Yang poursuivit :

- Son Excellence a dit cette même chose qui vous guide en tant que soldat, aujourd’hui : « Les torts qu’ont subi nos familles n’ont pas encore été vengés, et l’humiliation de notre nation n’a pas encore été réparée. » Un jour, l’Armée Impériale mènera nos chevaux par-delà le col. Le jour venu, massacrer l’ennemi de vos propres mains ne sera-t-il pas plus gratifiant qu’agresser verbalement un inconnu ? Comment avez-vous pu l’oublier ?

- Comment aurais-je pu l’oublier ? dit Tantai Hu. Ça n’a jamais quitté mon esprit. J’ai offert ma vie à Son Excellence afin qu’il puisse en faire ce que bon lui semble, dans le seul espoir que ce jour viendrait.

- Nous en avons donc terminé.

Chen Yang se leva et poussa la bourse sur la table en direction de Tantai Hu.

- Les frères ne gardent pas rancune. Le commandant suprême nous considère comme des frères, et il a prélevé cet argent sur ses fonds personnels. Après le Nouvel An, retournez dans votre escadron d’origine, accrochez un insigne de commandant d’escadron à votre ceinture et remettez-vous au travail.

Assailli de sentiments partagés, Tantai Hu raccompagna Chen Yang sur le seuil.

Sur le chemin du retour, Chen Yang croisa la route de Shen Zechuan ; les deux hommes se saluèrent sur la véranda. Chen Yang souleva le rideau et entra, et Shen Zechuan sut que l’affaire était résolue. Il regarda la neige tomber, perdu dans ses pensées.

Une bête féroce telle que lui pouvait paraître fausse même lorsqu’elle était vraie, et se faire passer pour vraie même lorsqu’elle était fausse. Personne ne savait dire si c’était le bonheur ou la colère qui se cachaient derrière son sourire, et encore moins différencier sa sincérité de ses mensonges.

Chen Yang ne mit pas longtemps à ressortir. Il souleva le rideau et acquiesça à l’intention de Shen Zechuan.

- Son Excellence est prêt à partager son repas avec vous.

Shen Zechuan se retourna et vit Xiao Chiye l’attendre à l’intérieur, les yeux rivés sur lui.

 

 

[1] Extrait du Nouveau livre sur les techniques et sur leurs efficacités, manuel militaire rédigé en 1560 par Qi Jiguang, un général de la dynastie Ming ayant défendu la Chine contre l’invasion des pirates japonais.

[2] Marque le début des festivités du Nouvel An Chinois.

 

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